Tape « quartiers chauds Saint-Étienne » et tu trouveras des classements, des listes de rues et des avis très sûrs d’eux. Presque jamais une source. Ici, on fait l’inverse : on part de ce que publient l’État et l’Insee, et on s’arrête là où les données s’arrêtent.
La réponse officielle tient en un chiffre. Saint-Étienne compte neuf quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) dans la liste en vigueur depuis le 1er janvier 2024. Ils regroupent 36 016 habitants, soit 20,7 % de la population municipale, selon le SIG Politique de la ville.
Côté délinquance, les données 2025 du ministère de l’Intérieur placent la commune au-dessus de la moyenne de la Loire sur chacun des indicateurs publiés, cambriolages compris. Mais ces chiffres portent sur la ville entière. Aucun ne dit quel quartier est « chaud ».
Les neuf quartiers prioritaires de Saint-Étienne
Un QPV n’est pas une zone classée dangereuse. C’est un périmètre défini par décret (le dernier date du 28 décembre 2023) à partir d’un critère principal, le faible revenu des habitants. L’État et les collectivités y concentrent des moyens : contrat de ville, rénovation, soutien scolaire, aide à l’emploi.
Pour Saint-Étienne, la liste 2024 contient ces neuf noms, tous rattachés à Saint-Étienne Métropole : Cotonne Montferré, Crêt De Roc – Soleil, Grand Clos, Monthieu, Montreynaud, Quartiers Sud-Est, Solaure, Tardy Tarentaize Beaubrun Couriot et Terrenoire.
Les fiches officielles donnent la population de chaque quartier. Quelques exemples, dans l’ordre alphabétique et sans aucun classement :
- Cotonne Montferré : 3 254 habitants sur 21 hectares
- Crêt De Roc – Soleil : 7 739 habitants sur 64 hectares
- Montreynaud : 6 306 habitants sur 77 hectares
- Quartiers Sud-Est : 2 857 habitants sur 38 hectares
- Tardy Tarentaize Beaubrun Couriot : 10 239 habitants sur 76 hectares
Ces mêmes fiches affichent des taux de pauvreté au seuil de 60 % compris entre 42 % et 54 % pour ces cinq quartiers. C’est une mesure de revenu. Elle décrit des ménages qui vivent avec peu, et rien d’autre. Si un article glisse de « pauvre » à « dangereux » sans passer par une donnée, il fait le raccourci que les statistiques ne font pas.

Ce que disent les chiffres officiels de la délinquance
La seule base fiable à l’échelle d’une commune est celle du service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), publiée sur data.gouv.fr. Elle recense les crimes et délits enregistrés par la police et la gendarmerie, rattachés au lieu des faits. Dernière année disponible : 2025, dans l’édition de juillet 2026.
Le tableau compare Saint-Étienne à la moyenne de la Loire. Les taux sont pour 1 000 habitants (population Insee 2023, soit 173 136 habitants pour la commune), sauf les cambriolages, rapportés à 1 000 logements (parc Insee 2022).
| Indicateur SSMSI (2025) | Nombre à Saint-Étienne | Taux commune | Taux Loire |
|---|---|---|---|
| Violences physiques hors cadre familial (victimes) | 747 | 4,3 ‰ | 2,9 ‰ |
| Violences physiques intrafamiliales (victimes) | 678 | 3,9 ‰ | 3,1 ‰ |
| Vols violents sans arme | 766 | 4,4 ‰ | 1,3 ‰ |
| Vols sans violence contre des personnes (victimes entendues) | 2 643 | 15,3 ‰ | 6,8 ‰ |
| Cambriolages de logement | 1 005 | 9,9 ‰ des logements | 7,3 ‰ des logements |
| Vols dans les véhicules | 1 844 | 10,7 ‰ | 3,6 ‰ |
| Destructions et dégradations volontaires | 2 631 | 15,2 ‰ | 8,9 ‰ |
| Escroqueries et fraudes aux moyens de paiement (victimes) | 1 216 | 7,0 ‰ | 6,4 ‰ |
Lecture rapide. Les vols violents sans arme et les vols dans les véhicules ressortent nettement, avec des taux environ trois fois et demie (4,4 ‰ contre 1,3 ‰) et trois fois (10,7 ‰ contre 3,6 ‰) plus élevés que la moyenne de la Loire. Les vols sans violence et les dégradations restent nettement au-dessus eux aussi. Pour les escroqueries, l’écart est faible.
Un point compte pour un propriétaire. Les cambriolages de logement enregistrés sont passés de 739 en 2024 à 1 005 en 2025. Les vols violents sans arme aussi ont augmenté (485 puis 766). Les violences physiques hors cadre familial, elles, ont reculé, de 832 à 747.
Garde un point en tête pour lire cet écart entre la ville et le département : les faits sont comptés là où ils se produisent, pas là où vivent leurs auteurs ou leurs victimes. La présence en ville de commerces, de gares et de lieux de sortie fréquentés par des non-résidents pourrait jouer, sans qu’on puisse en mesurer l’effet.
Pourquoi ces chiffres ne mesurent pas la « dangerosité » d’un quartier
Ce sont des faits enregistrés. Un fait non déclaré n’apparaît nulle part. Et un service de police actif sur les stupéfiants fait monter les chiffres sans que la situation soit forcément pire qu’ailleurs : 1 426 personnes ont été mises en cause pour usage de stupéfiants à Saint-Étienne en 2025, un indicateur qui reflète d’abord l’activité des services.
Surtout, la base s’arrête à la commune. Personne ne peut te donner un chiffre officiel de délinquance « à Montreynaud » ou « au Crêt de Roc ».
Les sites qui le font inventent.
Le renouvellement urbain en cours
Plusieurs de ces quartiers font partie du nouveau programme national de renouvellement urbain (NPNRU). Une délibération de Saint-Étienne Métropole de janvier 2019 liste les sites retenus à Saint-Étienne : Montreynaud, Tarentaize-Beaubrun-Couriot, La Cotonne-Montferré et les quartiers Sud-Est. Les deux autres sites de la métropole sont les centres-villes de Saint-Chamond et de Rive-de-Gier.
Le même document précise que Tarentaize-Beaubrun-Couriot est qualifié d’intérêt national et que le projet a été validé par le comité d’engagement de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) le 29 octobre 2018. Ce quartier ancien fait aussi l’objet d’une opération de traitement de l’habitat ancien, concédée jusqu’en 2029.
On n’a pas trouvé de volumes officiels récents (démolitions, constructions) consultables en ligne pour ces projets. Donc pas de chiffre ici. Si tu vises un immeuble précis dans l’un de ces secteurs, la question à poser à la mairie ou à la métropole est simple : l’immeuble est-il concerné par une démolition, une réhabilitation ou une opération sur l’habitat ancien ? La réponse peut changer complètement la valeur du bien.

Les données logement à connaître avant d’acheter ou de louer
Le recensement 2023 de l’Insee compte 86 762 résidences principales à Saint-Étienne. 59,3 % sont occupées par des locataires, dont 18,8 % de logements HLM loués vides, et 38,9 % par leurs propriétaires.
Le chiffre qui doit retenir l’attention d’un bailleur, c’est la vacance. L’Insee recense 12 175 logements vacants, soit 12,0 % du parc en 2023 (12,3 % en 2017). Le taux de chômage des 15-64 ans au sens du recensement atteint 19,0 %. Ces deux données ne disent pas qu’un bien se louera mal. Elles disent qu’un locataire a du choix, et que ton annonce sera comparée à d’autres. Lis nos conseils pour éviter la vacance locative avant de fixer ton loyer.
Et comme partout, le dossier du locataire se vérifie sérieusement. Notre guide pour te protéger contre les loyers impayés passe en revue les garanties possibles.
Acheter ou investir : la méthode pour un dossier solide
Saint-Étienne attire des investisseurs pour ses prix d’achat bas. C’est justement là que les erreurs coûtent cher. Le rendement affiché sur une annonce ignore les charges de copropriété, les travaux votés et les mois sans locataire. Refais le calcul complet avec notre méthode pour calculer la rentabilité d’un investissement locatif.
Avant de faire une offre, cinq vérifications pèsent plus que les autres :
- consulte les ventes réelles de l’immeuble et de la rue sur la base DVF (demandes de valeurs foncières) de l’administration fiscale
- demande les trois derniers procès-verbaux d’assemblée générale et le niveau des impayés de charges
- regarde l’étiquette DPE : un logement classé G ne peut plus être loué avec un nouveau bail depuis 2025
- interroge la mairie sur les projets de renouvellement urbain ou d’habitat ancien autour de l’adresse
- compare le loyer visé avec celui des logements sociaux et des annonces du secteur
Notre check-list pour l’achat d’un lot en copropriété détaille chacun de ces documents. Un vendeur qui refuse de les fournir te donne déjà une information.
Un avis tranché pour finir : dans une ville où 12 % des logements sont vacants, mieux vaut un petit logement en bon état, proche du tram et des commerces, qu’un grand appartement très bon marché qui demande des travaux lourds. Le prix bas se paie ensuite en chantier et en mois sans loyer.

Ce que les chiffres ne disent pas
D’autres noms de secteurs circulent en ligne avec l’étiquette « quartier chaud ». Aucun ne s’appuie sur une source publique, et on ne les reprend pas ici.
Une statistique communale ne remplace pas une visite. Passe dans la rue à plusieurs heures, en semaine et le week-end. Regarde l’état des parties communes, les commerces ouverts, le trajet réel jusqu’au tram ou à la gare. Parle au syndic, au gardien s’il y en a un, et aux agences qui louent dans le secteur : ce sont elles qui savent combien de temps un appartement reste vide.
Si c’est ton premier achat locatif, relis la liste des erreurs à éviter pour un premier investissement immobilier. Un quartier en rénovation peut être un bon pari. À condition de juger sur des documents, pas sur une réputation.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de quartiers prioritaires à Saint-Étienne ?
Neuf, dans la liste en vigueur depuis le 1er janvier 2024 : Cotonne Montferré, Crêt De Roc – Soleil, Grand Clos, Monthieu, Montreynaud, Quartiers Sud-Est, Solaure, Tardy Tarentaize Beaubrun Couriot et Terrenoire. Ils regroupent 36 016 habitants, soit 20,7 % de la population municipale.
Existe-t-il des chiffres de délinquance par quartier à Saint-Étienne ?
Non. La base officielle du SSMSI, publiée sur data.gouv.fr, s’arrête au niveau de la commune entière. Aucun chiffre public ne permet de comparer la délinquance d’un quartier stéphanois à un autre.
Saint-Étienne est-elle plus touchée par les cambriolages que la moyenne de la Loire ?
Oui. En 2025, 1 005 cambriolages de logement ont été enregistrés à Saint-Étienne, soit environ 9,9 pour 1 000 logements, contre 7,3 pour 1 000 en moyenne dans la Loire. Leur nombre était de 739 en 2024.
Quels quartiers de Saint-Étienne sont concernés par la rénovation urbaine ?
D’après Saint-Étienne Métropole, le nouveau programme national de renouvellement urbain retient à Saint-Étienne Montreynaud, Tarentaize-Beaubrun-Couriot (quartier d’intérêt national), La Cotonne-Montferré et les quartiers Sud-Est.
Sources
- Bases statistiques communale, départementale et régionale de la délinquance enregistrée par la police et la gendarmerie nationales
- SIG Politique de la ville, commune : Saint-Étienne
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