Tu as trois ans pour réclamer des charges locatives impayées, et ce délai continue de courir après le départ du locataire. Pour récupérer l’argent, il te faut une régularisation en bonne et due forme, des justificatifs consultables et, si besoin, une retenue sur le dépôt de garantie. Si rien ne bouge, tu passes par l’amiable, puis par le juge des contentieux de la protection.
Le piège le plus courant vient du bailleur lui-même : une régularisation qui traîne deux ou trois ans, et une partie de la dette qui file entre les doigts.
Comment fonctionne la régularisation annuelle des charges ?
Si ton bail prévoit des provisions sur charges, tu dois les régulariser au moins une fois par an. Tu compares ce que le locataire a versé chaque mois avec les dépenses réelles de l’année. S’il a trop payé, tu lui rends la différence. S’il n’a pas assez payé, tu lui réclames le complément.
Un mois avant cette régularisation, tu lui envoies un décompte par nature de charges (eau froide, eau chaude, électricité des parties communes, ascenseur…), avec le mode de répartition entre les logements. En copropriété, ce décompte part des comptes annuels que le syndic t’adresse après l’assemblée générale.
Sans ce décompte, ta réclamation est fragile.
Un cas à part existe. En location meublée ou en colocation, les charges peuvent être fixées au forfait, et en bail mobilité c’est obligatoire. Dans ce cas, il n’y a pas de régularisation, donc pas de complément à réclamer : le locataire doit le forfait convenu dans le bail.
Quels justificatifs dois-tu tenir à disposition du locataire ?

Le décompte ne suffit pas. Pendant les six mois qui suivent son envoi, tu dois tenir à la disposition du locataire l’ensemble des pièces justificatives. Il peut les demander, et tu dois être capable de les lui montrer sans délai.
- le décompte par nature de charges et le mode de répartition entre logements
- les comptes annuels de la copropriété et les appels de fonds du syndic
- les factures d’eau, d’énergie et des contrats d’entretien si tu possèdes tout l’immeuble
- la note de calcul du chauffage et de l’eau chaude collectifs, s’il y en a
Garde aussi la preuve de l’envoi. Un mail avec le décompte en pièce jointe, ou mieux une lettre recommandée, date noir sur blanc le moment où tu as réclamé. Si le locataire conteste deux ans plus tard, c’est ce dossier qui parle pour toi.
Et vérifie ce que tu mets dedans. Seules les charges récupérables entrent dans le décompte, dont la liste est fixée par un décret de 1987. Une partie des charges de copropriété reste à ta charge de propriétaire. Si tu glisses une dépense non récupérable dans le décompte, le locataire a une bonne raison de refuser de payer, et tu ouvres la porte aux litiges sur les charges récupérables.
Combien de temps as-tu pour réclamer des charges impayées ?
Trois ans.
L’article 7-1 de la loi du 6 juillet 1989 fixe ce délai de prescription pour toutes les actions qui découlent du bail, et les charges en font partie. Service-public donne l’exemple d’une dette d’octobre 2026, que le propriétaire peut réclamer jusqu’en octobre 2029. Aucun texte ne fixe clairement le point de départ côté bailleur, alors par prudence, compte tes trois ans à partir de la date où la somme était due.
Le délai joue dans les deux sens. Ton locataire a lui aussi trois ans pour te réclamer un trop-perçu. Pour ce cas précis, et pour lui seulement, la Cour de cassation fait partir le délai du jour de la régularisation, parce que c’est elle seule qui révèle l’excédent (3e chambre civile, 6 mai 2021, n° 20-11.707).
Le départ du locataire ne remet pas le compteur à zéro et ne l’arrête pas non plus. Tu peux régulariser un an après sa sortie si le syndic a tardé à faire voter les comptes. Mais chaque mois perdu réduit ta marge, et un ancien locataire répond moins vite qu’un locataire en place, quand il répond.
Franchement, ne joue pas avec la limite des trois ans. Régularise chaque année, dès que les comptes de copropriété sont approuvés.
Que se passe-t-il si tu régularises en retard ?
Tu peux encore réclamer, dans la limite des trois ans. Mais le locataire gagne un droit. Si la régularisation n’a pas été faite avant la fin de l’année civile qui suit l’année où les charges étaient dues, il peut exiger de payer le rappel en douze mensualités, à condition de te le demander par lettre recommandée avec accusé de réception.
Prends les charges de 2024. Pour échapper à l’étalement, tu devais les régulariser avant le 31 décembre 2025. Tu envoies le décompte en mars 2026 ? Ton locataire peut répartir le solde sur douze mois, et tu ne peux pas t’y opposer.
Il y a plus gênant que l’étalement. Le juge des contentieux de la protection peut refuser un rappel de charges tardif qu’il estime déloyal et brutal, quand il découle d’une faute du bailleur. Le scénario type : un locataire qui réclame sa régularisation pendant des années sans réponse, puis reçoit d’un coup la facture de plusieurs exercices.
Peux-tu retenir les charges sur le dépôt de garantie ?
Oui, et c’est souvent le moyen le plus simple. Le dépôt de garantie sert à couvrir les sommes que le locataire te doit encore à son départ, loyers et charges compris. Tu dois simplement justifier chaque euro retenu.
En copropriété, un problème de calendrier se pose : les comptes de l’année ne sont pas encore votés quand le locataire rend les clés. La loi te laisse alors garder une provision jusqu’à l’arrêté annuel des comptes de l’immeuble, plafonnée à 20 % du dépôt de garantie. Dans le mois qui suit l’approbation définitive des comptes, tu fais la régularisation et tu rends le solde.
| Ce que tu retiens | Limite | Délai de restitution du reste |
|---|---|---|
| Charges déjà régularisées et impayées | Montant justifié par le décompte | 1 mois après la remise des clés (2 mois si l’état des lieux de sortie n’est pas conforme) |
| Provision pour les charges de l’année en cours (copropriété) | 20 % du dépôt de garantie | 1 mois après l’approbation définitive des comptes de l’immeuble |
Ne traîne pas sur la restitution, un retard est le plus sûr moyen de nourrir les litiges autour du dépôt de garantie. Au-delà du délai, tu dois une pénalité de 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé, sauf si le locataire ne t’a pas laissé sa nouvelle adresse en rendant les clés.
Et si le dépôt ne couvre pas tout ? Avec un mois de loyer hors charges en location vide (deux en meublé), la limite arrive vite. Tu réclames alors la différence, avec la même méthode que pour des loyers dus après le départ du locataire.
Quels recours si l’ancien locataire ne paie pas ?
Commencer par l’amiable
Comme pour des impayés de loyers en cours de bail, tout part d’une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle rappelle le montant exact, renvoie au décompte et aux justificatifs, et fixe une date limite de paiement.
Un impayé de charges vient parfois d’un décompte mal compris ou jamais reçu. Avant de durcir le ton, vérifie que ton ancien locataire a bien eu le détail. S’il est d’accord sur le montant mais pas sur le calendrier, propose un échéancier écrit et signé des deux côtés.
Si le blocage persiste, deux portes gratuites s’ouvrent. La commission départementale de conciliation traite les litiges de charges sur une résidence principale, et le bailleur peut la saisir aussi bien que le locataire. Le conciliateur de justice est l’autre option. Pour un litige de 5 000 € ou moins, une tentative de résolution amiable est de toute façon obligatoire avant d’aller au fond devant le juge.
Passer au judiciaire
Quand l’amiable échoue, l’injonction de payer est la voie la plus légère. Pour des loyers ou des charges liés à un bail d’habitation, tu adresses la requête au juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire (ou du tribunal de proximité) du domicile de ton ancien locataire, avec le formulaire cerfa prévu pour ça. La requête est gratuite et il n’y a pas d’audience.
Si le juge te donne raison, un commissaire de justice signifie l’ordonnance, à tes frais. Pour une ordonnance rendue depuis le 1er septembre 2026, tu as 3 mois pour la faire signifier (et non plus 6), faute de quoi elle tombe. Ton ancien locataire a ensuite un mois pour faire opposition. S’il le fait, l’affaire repart en procédure classique avec audience, et tu dois t’y présenter pour défendre ta demande.
Pour une dette de 5 000 € maximum, intérêts compris, il existe aussi la procédure simplifiée de recouvrement, confiée à un commissaire de justice. Le débiteur a un mois pour accepter, et son silence vaut refus. S’il accepte, tu obtiens un titre exécutoire. Côté coût, compte 14,92 € TTC pour le dépôt du dossier et 30,06 € TTC pour l’émission du titre.
Dans tous les cas, ta créance doit être certaine, liquide, exigible et non prescrite. Traduit en clair : un montant chiffré, appuyé sur un décompte et des justificatifs, réclamé dans les trois ans. Tout ce que tu as préparé en amont sert ici.
Comment éviter que les impayés de charges reviennent ?

Ajuste les provisions chaque année sur les dépenses réelles. Une provision trop basse fabrique un gros rappel, et un gros rappel fabrique un impayé.
Ensuite, tiens un calendrier simple : comptes de copropriété approuvés, décompte envoyé dans la foulée, justificatifs prêts, preuve d’envoi archivée. Un rappel modeste chaque année passe en général sans histoire. Trois ans de charges d’un coup, le locataire les conteste, et tu peux en perdre une partie.
FAQ
Peux-tu réclamer des charges à un locataire parti depuis deux ans ?
Oui, tant que tu restes dans le délai de prescription de trois ans prévu par la loi du 6 juillet 1989. Le départ du locataire n’arrête pas ce délai. Il te faut le décompte, les justificatifs et une adresse pour lui écrire.
Le locataire peut-il refuser de payer la régularisation ?
Il peut la contester si tu ne lui as pas envoyé de décompte, si tu refuses de lui montrer les justificatifs ou si tu y as inclus des charges non récupérables. Le juge peut aussi écarter un rappel tardif jugé déloyal et brutal. Un décompte clair et justifié laisse peu de prise à un refus.
Peux-tu retenir plus de 20 % du dépôt de garantie pour les charges ?
Le plafond de 20 % vise la provision gardée en attendant l’arrêté des comptes de la copropriété. Les charges déjà régularisées et restées impayées peuvent être retenues pour leur montant réel, à condition de les justifier. Le reste du dépôt doit être rendu dans les délais légaux.
Le locataire peut-il étaler le paiement d’un rappel de charges ?
Oui, de droit, si la régularisation arrive après la fin de l’année civile qui suit l’année où les charges étaient dues. Il peut alors payer en douze mensualités, sur demande par lettre recommandée. Dans les autres cas, rien ne t’empêche d’accepter un échéancier écrit.
Sources
- Charges à payer par le locataire (charges locatives ou charges récupérables)
- Dépôt de garantie dans un bail d’habitation
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