Non, la loi ne t’oblige pas à prendre une assurance emprunteur pour un crédit immobilier. Mais la banque, elle, peut l’exiger avant de débloquer les fonds, et dans les faits elle le fait presque toujours. Tu restes libre de choisir ton assureur, et depuis la loi Lemoine tu peux en changer à tout moment, sans frais. Voilà le cadre, le détail suit.
Qu’est-ce que l’assurance emprunteur, concrètement ?
C’est un contrat qui prend le relais de tes mensualités, ou qui rembourse le capital restant dû, quand un accident de la vie t’empêche de payer. Décès, perte d’autonomie, invalidité, arrêt de travail long. L’assureur paie la banque à ta place, en totalité ou en partie selon le contrat.
La banque y gagne la certitude d’être remboursée, et c’est une des pièces qui la rassurent quand tu cherches à investir sans apport personnel. Toi, tu y gagnes autre chose : tes proches ne récupèrent pas une dette avec le logement, et tu ne perds pas le bien parce qu’un cancer t’a mis à l’arrêt dix-huit mois.
Deux grandes familles de contrats existent. Le contrat groupe, c’est celui que la banque te propose, négocié pour l’ensemble de ses clients. Le contrat individuel, c’est celui que tu vas chercher chez un assureur extérieur, taillé sur ton profil. La suite montre pourquoi c’est là que se joue la facture.
L’assurance emprunteur est-elle obligatoire ?
Aucun texte ne t’impose de t’assurer pour emprunter. Le ministère de l’Économie le dit noir sur blanc : la souscription d’un contrat d’assurance emprunteur n’est pas obligatoire. Et Service-Public ajoute que la banque « peut exiger » un contrat avant d’accorder le prêt.
Tu vois la nuance. Pas d’obligation légale, mais une condition posée par le prêteur. Dans l’offre de prêt, la banque doit d’ailleurs préciser si l’assurance est obligatoire ou facultative pour obtenir le crédit. Sur un achat immobilier, et encore plus quand tu montes un crédit immobilier pour investir dans le locatif, elle coche obligatoire dans la quasi-totalité des cas. Franchement, tu ferais pareil à sa place.
Une seule garantie reste facultative quoi qu’il arrive : la perte d’emploi. La banque peut te la proposer, elle ne peut jamais te l’imposer.
Quelles garanties la banque peut-elle exiger ?
La banque fixe des garanties minimales et te les remet dans une fiche personnalisée au moment de la demande de prêt. Elle y précise aussi la hauteur à laquelle le crédit doit être couvert, à 100 % ou en partie. C’est ce qu’on appelle la quotité.
| Garantie | Ce qu’elle couvre | Ce que fait l’assureur |
|---|---|---|
| Décès | Le décès de l’assuré pendant le prêt | Rembourse le capital restant dû à la banque, à hauteur de la quotité |
| PTIA | Perte totale et irréversible d’autonomie | Rembourse le capital restant dû |
| IPT / IPP | Invalidité permanente totale ou partielle | Prend en charge les mensualités selon le taux d’invalidité |
| ITT | Incapacité temporaire de travail (arrêt maladie, accident) | Paie les mensualités pendant l’arrêt, après un délai de franchise |
| Perte d’emploi | Licenciement | Paie une partie des mensualités, garantie toujours facultative |
Sur la quotité, un exemple parle mieux. Si tu empruntes seul, la banque demande 100 % sur ta tête. Si tu empruntes à deux, elle veut au minimum 100 % au total, répartis comme tu veux : 50/50, 70/30, ou 100 % chacun. Avec 100 % chacun, le décès de l’un solde tout le prêt, et le survivant garde le logement sans mensualité. Ça coûte plus cher chaque mois, mais c’est la seule option qui protège vraiment le conjoint.
Lis les exclusions avant de signer. Un contrat peut exclure certains sports, certains métiers ou certaines pathologies. Deux contrats au même prix n’ont pas la même valeur si l’un t’exclut le jour où tu en as besoin.
Peux-tu choisir un autre assureur que celui de la banque ?

Oui, et c’est souvent là que tu fais la différence. On appelle ça la délégation d’assurance. Tu présentes à la banque un contrat extérieur, et elle doit l’accepter si ce contrat respecte les critères de sa fiche personnalisée. Elle ne peut pas modifier les conditions de ton prêt pour te punir d’être allé voir ailleurs.
Pour comparer, chaque assureur te remet une fiche standardisée d’information. Même trame partout, ce qui te permet de mettre les offres côte à côte sans décoder dix jargons différents.
Côté délais, la banque dispose de 10 jours ouvrés à compter de ton dossier complet pour répondre. Si elle refuse, elle doit motiver son refus par un motif légitime, par exemple une garantie manquante par rapport à sa fiche. Un refus sans explication n’est pas un refus valable.
Le contrat groupe mutualise les risques entre tous les clients de la banque. Un contrat individuel te tarifie sur ton profil réel. Jeune, non fumeur, sans problème de santé, tu paies souvent moins en délégation. Plus âgé ou avec un historique médical, le contrat groupe peut rester compétitif. Dans les deux cas, demande les deux devis, le calcul prend une heure et il engage des années. C’est le même réflexe que pour négocier ton prêt immobilier avec la banque : tu n’obtiens que ce que tu demandes.
Que change la loi Lemoine depuis 2022 ?

La loi n° 2022-270 du 28 février 2022, dite loi Lemoine, a remis à plat trois règles. Chacune te concerne directement.
Tu peux résilier à tout moment
Depuis le 1er septembre 2022, tous les emprunteurs, y compris ceux dont le crédit court déjà, peuvent changer d’assurance quand ils veulent. Plus besoin d’attendre la date anniversaire du contrat, plus de préavis à calculer. La résiliation est sans frais.
En pratique, tu signes un nouveau contrat avec des garanties au moins équivalentes à la fiche personnalisée, tu envoies la demande de substitution à la banque, et tu indiques la date d’effet du nouveau contrat. Pour les contrats souscrits en ligne, la résiliation doit même être possible en trois clics depuis le 1er juin 2023. Et la banque doit te rappeler chaque année que ce droit existe.
Le pari de cette loi, c’est que tu fasses jouer la concurrence. Beaucoup ne le font jamais. Un contrat groupe signé à 30 ans et jamais revu, c’est de l’argent qui part tous les mois pour rien.
Plus de questionnaire de santé sous deux conditions
Si la part assurée de tes crédits immobiliers ne dépasse pas 200 000 € par assuré, et si le remboursement se termine avant tes 60 ans, l’assureur n’a pas le droit de te demander un questionnaire de santé ni un examen médical. Les deux conditions doivent être réunies.
Pour un couple qui emprunte 350 000 € à deux avec une quotité de 50 % chacun, chaque assuré couvre 175 000 €. Tu passes sous le seuil. Avec 100 % chacun, tu le dépasses, et le questionnaire revient. Le choix de la quotité a donc un effet direct sur ce que tu dois déclarer.
Le droit à l’oubli tombe à 5 ans
Si tu as eu un cancer ou une hépatite C, tu n’as pas à le déclarer dès lors que le protocole thérapeutique est terminé depuis au moins 5 ans, sans rechute, et que le contrat prend fin avant tes 71 ans. L’assureur ne peut ni le demander, ni appliquer une surprime ou une exclusion sur cette base. Les éventuelles séquelles de la maladie, elles, restent à déclarer.
Pour les autres pathologies, la convention Aeras prend le relais. Elle s’applique dès que l’assureur demande des informations de santé, avec une grille de référence qui encadre les surprimes et les exclusions pour certaines maladies, et un examen en trois niveaux si ton dossier sort du cadre standard. Le troisième niveau reste réservé aux crédits de 420 000 € maximum, pour un assuré de moins de 71 ans à la fin du contrat.
Comment l’assurance pèse-t-elle sur le coût du prêt ?
Le prix dépend de ton âge, de ton état de santé, du fait que tu fumes ou pas, de ton métier, de la quotité et du type de contrat. Il s’ajoute aux intérêts du crédit, mois après mois, sur toute la durée. Sur vingt ou vingt-cinq ans, cette ligne pèse lourd dans le coût total, ce qui compte aussi quand tu réfléchis à la durée idéale de ton crédit immobilier.
Le réflexe utile : regarde le coût total de l’assurance sur la durée du prêt, pas seulement la cotisation mensuelle. Vérifie aussi sur quelle base la cotisation est calculée : sur le capital initial, elle reste fixe jusqu’au bout, sur le capital restant dû, elle baisse avec le temps. À cotisation de départ égale, la seconde formule coûte moins au final. Sauf sur un prêt in fine, où le capital ne baisse jamais avant l’échéance, donc la cotisation non plus.
Et si tu as déjà signé, rien n’est figé. Tu fais un devis en délégation, tu compares avec ce que tu paies, et tu résilies si l’écart le justifie. La loi Lemoine a été écrite pour ça.
FAQ
La banque peut-elle refuser mon prêt si je prends une assurance extérieure ?
Non. Si ton contrat respecte les garanties minimales de sa fiche personnalisée, elle doit l’accepter et elle ne peut pas modifier les conditions du prêt. Elle a 10 jours ouvrés pour répondre et tout refus doit être motivé par un motif légitime.
Puis-je changer d’assurance emprunteur en cours de prêt ?
Oui, à tout moment et sans frais depuis le 1er septembre 2022, quel que soit l’âge de ton crédit. Tu présentes un nouveau contrat aux garanties équivalentes et tu envoies ta demande de substitution à la banque, en précisant la date d’effet. La banque doit d’ailleurs te rappeler ce droit chaque année.
Dois-je remplir un questionnaire de santé ?
Pas si la part assurée de tes crédits immobiliers reste à 200 000 € ou moins par assuré et que le remboursement se termine avant tes 60 ans. Au-delà de l’un de ces seuils, l’assureur peut te demander un questionnaire, et la convention Aeras encadre son examen en cas de risque de santé aggravé.
L’assurance perte d’emploi est-elle obligatoire ?
Jamais. C’est la seule garantie que la banque ne peut pas t’imposer. Elle reste facultative, souvent chère, avec des conditions d’indemnisation strictes. À toi de voir si ta situation professionnelle la justifie.
Sources
- Comment obtenir un contrat d’assurance emprunteur pour un crédit immobilier ?
- Achat immobilier : pouvez-vous changer d’assurance emprunteur ?
Guide gratuitRecevez « Immobilier rentable : les 5 chiffres que tout investisseur doit connaître en 2026 » directement par e-mail.
Recevoir le guide



